Il y a quatre jours, chaque troupe se réunissait dans sa tente. Les campeurs écoutaient alors attentivement les promesses électorales de chacun des candidats, puis se retiraient pour voter. Une fois tous les bulletins dans l’urne, celle-ci fut soigneusement dépouillée et son résultat diligemment consigné. C’est ainsi que furent élus les premiers délégués des campeurs.

Ce matin, nos sept sages se réveillèrent un peu plus tôt que leurs concitoyens. La vie d’un élu n’est pas facile, mais l’importance de sa tâche l’emporte sur des choses aussi triviales que le sommeil. Aujourd’hui, la mission de nos représentants est tout sauf aisée. Premièrement, ils devront s’atteler à renverser l’autocratie instaurée par le Directeur et ses sbires pour la remplacer par un régime démocratique où la vox populi sera respectée. Secondement, ils devront assurer une passation pacifique du pouvoir et maintenir l’ordre une fois leur régime instauré. Heureusement, pour mettre leur plan à exécution, nos jeunes révolutionnaires bénéficieront du soutien logistique d’une puissance étrangère, la cuisine, et des conseils stratégiques d’un officier rebelle du régime en place, David.

Ainsi, après avoir tenu une réunion en parallèle de la réunion matinale du staff, pour peaufiner les derniers détails de leur entreprise, les délégués mirent leur plan à exécution. Sa première phase nécessitait de court-circuiter l’autorité du régime. Pour ce faire, les campeurs mirent en oeuvre un plan audacieux consistant à usurper l’identité de nos entraineurs de cross-frite et à prendre possession des moyens de télécommunications de la République démocratique d’Isenfluh (en l’occurence un micro et un haut-parleur). Cette partie du plan fût un franc succès.

Ayant ainsi affermi leur autorité, nos délégués s’attelèrent ensuite à nourrir leur population en offrant à leurs électeurs de la tresse pour le petit-déjeuner (de connivence avec la cuisine). De plus, pour s’attirer les grâces du peuple, les campeurs abandonnèrent le principe traditionnel de “chaque troupe mange à sa table” au profit d’une grande table commune où la nourriture (et le café) sont équitablement répartis entre tous, sans favoritisme ni privilège pour l’ancienne classe dirigeante. Une fois le brunch terminé, les délégués, conscients qu’un État ne peut subsister sans ses services de bases, ordonnèrent à leur population d’effectuer leurs tâches habituelles.

Une fois les corvées accomplies, les conspirateurs convoquèrent leur première Landgemeinde dans la salle de réunion. Une fois rassemblés, les délégués et le groupe de musique qu’ils avaient réuni jouèrent et entonnèrent des chants de louange. Ces derniers furent suivis d’un partage des délégués Bachmann et Vollenweider sur le Ps. 1. À l’image de la prose de ses auteurs, ce message fût excellent. Cette deuxième phase du plan de nos jeunes, assurer une continuité idéologique entre l’ancien et le nouveau régime, fût donc également un franc succès.

Après avoir laissé son peuple vaguer à ses occupations habituelles pendant un petit moment (en l’occurrence les tournois), le conseil des délégués décida de mettre un terme à l’oisiveté de sa population en lui proposant un jeu. Dans leur grande sagesse, les sept décidèrent d’organiser un jeu de grade. En effet, en plus de plaire à aux électeurs, une telle activité est à même d’affûter les instincts martiaux du peuple et de le rendre ainsi plus apte à lutter dans l’hypothèse d’un retour de l’ancien régime.

En fin d’après-midi, une fois le jeu terminé, la population commença à avoir faim. Face à ce premier challenge de leur législature, nos jeunes nomothètes s’empressèrent de faire appel à leur allié de la première heure, la cuisine, pour trouver une solution. Fidèle à ses engagements, la cuisine envoya alors une aide alimentaire, des pastèques et du cake au chocolat, que les délégués s’empressèrent de distribuer à leurs citoyens. Cette habile manoeuvre leur permis d’éviter de souffrir l’ire du peuple avant le souper.

En parlant du souper, ce dernier a été partiellement préparé par les campeurs durant l’après-midi. En effet, afin de pouvoir assurer la future autosuffisance alimentaire de leur nation, les délégués ont eu la présence d’esprit d’envoyer des émissaires s’entrainer à la cuisine. Leur mission ayant été une réussite, nous avons pu déguster de délicieuses pâtes pesto préparées par nos jeunes.

Ces mets avalés, tous les campeurs se rendirent dans la salle de réunion pour leur activité du soir, un temps de louange animé par un groupe de délégués suivi d’une prédication de Tom sur le Psaume du jour. Finalement, les jeunes ont terminé leur journée en discutant des mérites de la démocratie avec leurs élus et en dégustant une tasse de thé sur la terrasse.

Malheureusement pour nos jeunes politiciens, l’heure du coucher a sonné le glas de leur État utopique. Tous leurs efforts de la journée n’ayant pas suffi à saper les fondements du pouvoir du Directeur, ce dernier a profité de l’accalmie suivant le souper pour rallier ses troupes et reprendre possession du bureau. Malgré les moyens considérables mis en oeuvre par le régime pour attraper les sept délégués, tout laisse à penser qu’ils ont réussis à s’échapper dans leur tente avant qu’il ne soit trop tard.

Nonobstant ce triste dénouement, le putsch des délégués aura démontré qu’une démocratie des campeurs est bel et bien possible… À quand un camp par les campeurs et pour les campeurs (et où le staff ne fait que se reposer bien sûr) ?

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