Les jours filent, nous sommes déjà à la moitié du camp. Et qui dit moitié du camp, dit bivouac! Moment toujours fort en efforts et en émotions, cette randonnée de deux jours qui permet aux campeurs de fermer les yeux sur un autre oreiller que la bosse de paille de leur maisons de toile bleue est un incontournable des camps à Isenfluh. Deux jours de sortie, bien à l’écart de la zone de confort de certains de nos protégés qui n’ont jamais eu l’occasion de gravir des pentes aussi raide que celles des pâturages alpins bernois, mais presque une balade de santé pour les plus entraînés des randonneurs, comme en témoigne un membre du staff: “C’était le rêve, ce bivouac! Presque… trop facile. Trop de confort;)”.

Le profil de l’itinéraire? Un départ en douceur, avec la descente bien connue d’Isenfluh à  Lauterbrunnen, avant de s’enfoncer plus au sud, jusqu’au fond de la Lauterbrunnental, une dizaine de kilomètre au plat dans un paysage de carte postale avec ses prés verdoyants, ses fermes rustiques, les vertigineuses falaises rocheuses à pic fermant les deux côtés de la vallées et les nombreuses cascades dont l’eau semble presque arrêtée dans sa chute verticale. Pause pique-nique à Stechelberg, le dernier village avant la montée, rejoint par l’équipe cuisine…et la pluie! Les quelques gouttes timides qui se mêlaient à la transpiration se muèrent en averse le temps du repas, mais qu’importe, grâce à l’abri bienvenu d’un hangar.

Les cinq derniers kilomètres concentraient le plus gros de l’effort avec 900 mètres de dénivellation à gravir pour atteindre notre refuge de la nuit, l’auberge de montagne d’Obersteinberg. Les vaillants marcheurs jouèrent à cache-cache avec des nuages formant tantôt un couvercle gris, tantôt distillant leur cargaison humide, tantôt nimbant le chemin de leurs brumes épaisses, pour les voir se déchirer et laisser paraître la neige étincelante des montagnes toutes proches.

Après ces cinq heures de marche, tout un chacun fut ravis de se sustenter des généreuses portions de pâtes à la bolognaise servies par le restaurant du rustique chalet nous accueillant pour la nuit, un havre de tranquillité complètement coupé de la civilisation et de la circulation automobile.

Une journée si forte physiquement ne pouvait que se terminer sur un moment d’intensité équivalente au niveau spirituel. Des récits de la  transformation opérée par Dieu dans la vie de plusieurs staffs et campeurs furent partagés à l’équipe, 70 personnes entassées dans un hall d’une douzaine de mètres carrés. Se serrer, se tenir chaud: à 17775m d’altitude, peu importe si il faut dormir à cinq dans une chambre de deux ou se contenter d’une couverture sur le sol en guise de matelas, cela vaut mieux que les quelques tentes montées à l’extérieur initialement prévue à abriter les 17 personnes excédant le nombre de lit du chalet… Une nuit sans doute mythique!

Et qui se devait reposante afin de recharger suffisamment les batteries de chacun pour un réveil à 6h45… Cette deuxième journée de marche a été illuminée par le cadeau d’une météo radieuse et douce qui soulignait la majesté des sommets et des vallées traversées, “crées par mon Papa”, comme l’a fièrement fait remarquer un staff. Le chemin commençait par monter à flanc de montagne jusqu’à franchir la ligne des 2000m d’altitude avant de plonger en pente raide dans une forêt encore toute humide-et glissante- des ondées de la veille. Quand vint le moment de la médit’ perso, les quelques marcheurs nous doublant ne purent qu’être impressionnés du silence régnant parmi les jeunes éparpillés dans un coin de forêt et penchés sur leur carnet rouge. Le chemin atteint le fond du Sefinental puis remonta jusqu’à Mürren, lieu de halte pour se nourrir tant physiquement que spirituellement avec un message de Jonathan sur le thème du jour: la persécution. Les quelques chants entonnés arrêtèrent les badaud, curieux.

La dernière partie représentait le “retour au calme” de cette activité exigeante: du plat, et de la descente, prise au pas de course par les plus motivés, ravis de rentrer “à la maison” pour troquer les odeurs de transpiration contre l’entier du contenu du réservoir d’eau chaude et l’épuisement contre des parts de lasagne préparées avec amour et dévouement par notre équipe cuisine.

Après l’effort, le réconfort: ce dicton fut aussi valable pour la suite des festivité, une soirée-cinéma pendant laquelle les plus fatigués s’éclipsèrent pour rejoindre au plus vite les bras de Morphée.

Les éléments marquants de ces deux jours? La profondeur des échanges pendant la marche, l’amour passé aux actes et visible dans l’entraide entre campeurs, la motivation des plus rapides à revenir sur leur pas, à chaque pause, pour porter les sacs des derniers arrivés, les paysages, la protection de Dieu qui nous a gardé de tout incident grave,…